© L’Alliance contre les VBG

Au Mali une coalition s’est formée, ‘l’Alliance Contre les Violences Basées Sur le Genre’, qui a organisé une grande marche pacifique le samedi 26 septembre, marche qui a regroupé de milliers de personnes hommes et femmes pour soutenir toutes les victimes de violences de tout genre au Mali mais aussi pour alerter les organismes nationaux et internationaux en la matière et enfin pour influencer les autorités pour l’adoption de l’avant-projet de loi qui traîne encore en lecture et en revue depuis 2017.

Au Mali les cas de violences contre les femmes sont très fréquents. Ces dernières années ont été marquées par une montée en flèche des violences sur les femmes dont plusieurs victimes n’y ont pas survécu. Des actes qui indignent tout un peuple. Parmi elles, l’assassinat de Mariam Diallo en 2015, victime de violences conjugales à Bamako, a reçu plusieurs coups de couteaux de son époux avant de rendre l’âme, ou encore en 2019, Kadia Kanté, égorgée par son mari qui a ensuite essayé de se suicider après. Mais le déclic a été avec le cas de Mariam Sow alias Mamacita, violentée et séquestrée par son compagnon pendant 7 ans. Une histoire qui a suscité de vives réactions et indigné toute une nation, voire au-delà depuis quelques jours, d’autant plus que le supposé compagnon est un artiste de renommée internationale. Ces crimes de trop dont la dernière a alerté les organisations et associations des droits de femmes, parmi lesquelles Foundation Hera, Solidaris223, Justice and Dignity for the Women Of Sahel ainsi que des activistes et défenseurs chevronnés des droits de l’homme et de femmes, à réagir pour réclamer l’adoption de l’avant-projet de loi portant prévention, répression et prise en charge des violences basées sur le genre au Mali.

Des chiffres élevés malgré les contestations

Ces derniers cas ont été plus médiatisés, mais combien de cas y’a-t-il qui se passe dans le silence ? Selon l’enquête démographique et de santé de 2018 publiée en 2019 par l’Instat[1]au Mali, 45 % des femmes de 15 à 49 ans ont subi des actes de violence physique ou sexuelle et la moitié des femmes de 15 à 49 ans en union ou en rupture d’union ont subi à n’importe quel moment des actes de violence émotionnelle, physique et/ou sexuelle pour un taux de 49%. Parmi ces cas de violences, plus de la moitié n’en n’ont jamais parlé à quelqu’un ni recherché d’aide par crainte de représailles ou de stigmatisation, ou par manque d’accès et de disponibilité de services, incluant les coûts des procédures judiciaires ou tout simplement à causes des valeurs familiales. En outre, selon le Système de Gestion de l’Information sur les Violences Basées sur le Genre (GBVIMS), 1199 cas de VBG ont été enregistré, seulement pour le premier trimestre 2020 dont la plupart seraient des cas de violences (physique et sexuelle).

Les enquêtes de Voice4Thought Académie dans les sites de Bankass, Bougouni, Douentza et Macina ne sont pas très explicites sur les violences faites aux femmes. La raison est simple, comment poser la question ? Un sujet qui reste encore tabou dans plusieurs de nos zones d’intervention. Mais dans les interviews avec les femmes leaders le sujet est mentionné, il est également sûr que dans ces zones en conflits, beaucoup de femmes sont victimes de violences conjugales et d’autres types de violences qui sont aussi des armes de guerre. Les rapports[2]sur le sujet existent pour le centre et le nord du Mali. Je demande aux équipes chercheurs de V4TA d’intégrer l’approche genre dans leurs enquêtes car elle peut apporter d’informations intéressantes sur la question pouvant contribuer à alerter les autorités.

VGB tolérées au Mali ?

Au Mali, le contexte socio-culturel fait que les VBG (les Violences Basées Sur le Genre) sont très répandues. Il n’est pas seulement question de guerre et/ou de violence, au Mali la violence est devenue le quotidien de beaucoup de femmes mariées. La Famille au Mali comme partout dans le monde constitue le premier milieu social important. La famille est le pilier des sociétés et s’avère très importante au Mali. Tout lien ou pacte de la société se fait en général sur cette base. Et les valeurs familiales sont souvent mises en avant pour conserver le lien et préserver la famille. Dans la plupart des familles, la femme épouse n’a pas souvent le droit et/ou l’audace de se plaindre des comportements (violents) de son époux, puisque celui-ci lui a marié et aurait tous les droits sur elle.

© L’Alliance contre les VBG

En effet, la juridiction malienne ne prévoit aucune loi contre les violences conjugales, ou d’autres formes de violences sur les femmes, cependant sur le plan pénal, les viols, et les agressions physiques sont punis. Outre le code pénal, la constitution malienne garantit la protection des droits des femmes. Toutefois, les résultats ne sont pas là, comme montrent les statistiques du Mali malgré les nombreuses contestations pour mettre fin à ces abus humains.

Appel à l’adoption effective d’une loi 

La Convention pour l’Elimination de toutes formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDEF) définit les VBG comme « tout acte de violence fondé sur l’appartenance au sexe féminin, causant ou susceptible de causer aux femmes des préjudices ou des souffrances physiques ou psychologiques et comprenant la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou la vie privée ». La violence basée sur le genre à l’encontre des femmes est reconnue dans le monde entier comme une violation des droits humains fondamentaux. Nombreuses recherches de plus en plus importantes ont mis en évidence les conséquences sur la santé, les effets intergénérationnels et les conséquences démographiques de ce type de violence. La violence basée sur le genre est l’une des violations des droits de l’homme les plus étendues. Si les violences faites aux femmes ne constituent pas un fait social nouveau, l’intérêt accordé à cette question est un fait qui marque surtout notre époque et plus particulièrement les dernières décennies. De nos jours, les combats menés pour tenter de combattre et d’éradiquer le phénomène sont très importants. L’adoption d’une loi reste la première préoccupation des activistes et organisations de droits de femmes.

© L’Alliance contre les VBG
La marche du 26 septembre a montré que les citoyens maliens sont fatigués de la situation. Entre slogans et interpellations, la marche a marqué plus d’une nation: « Stop on en a marre », « Aimer n’est pas tuer ou maltraiter », « Je refuse qu’on me brutalise », « Autorités de l’Etat nous vous regardons », « Je veux ma loi pour ma défense ». Dans le cas de violence actuel, dont le cas Mariam Sow, son avocate qui la défend se dit très confiante et est prête à aller jusqu’au bout pour que justice soit faite.
[1] Institut National de la Statistique (INSTAT), Cellule de Planification et de Statistique Secteur Santé-Développement Social et Promotion de la Famille (CPS/SS-DS-PF), The DHS Program ICF Août 2019.

[2] Les rapports : Fédération Internationale des Droits de l’Homme FDHI, Rapport sur la situation des Femmes au Mali, 34e session du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes 2006. Nabila Hamza Expert en genre : Réseau National des Centres d’Ecoute des Femmes Victimes de Violences. Les violences basées sur le genre. Manuel de formation à l’attention des écoutantes du réseau Anaruz. Nov. 2006/ Bulletin du Sous Cluster Violence Basée sur le Genre Avec l’appui technique de l’UNFPA Janvier à Mars 2017/ OCHA : Cycle de programme humanitaire 2020 publié en janvier 2020.