Abandon scolaire des filles à Dioro : comprendre les causes pour mieux agir

Enquête à Dioro sur l'abandon scolaire des jeunes filles

À Dioro, l’abandon scolaire des filles reste une préoccupation importante. Dans le cadre du Programme de Gouvernance Locale Redevable (PGLR+), des jeunes accompagnés par V4T Académie ont mené une recherche pour mieux comprendre les causes de ce phénomène, ses conséquences et les solutions envisagées par la communauté. L’étude s’appuie sur une approche mixte, combinant données quantitatives et entretiens qualitatifs.

Enquête à Dioro sur l'abandon scolaire des jeunes filles

Activité de l’École itinérante de V4T Académie à Dioro dans le cadre du PGLR+. La recherche de terrain est intégrée au processus de formation et d’apprentissage des jeunes. Crédit : V4T Académie / PGLR+.

Une recherche menée au plus près de la communauté

La recherche, intitulée « Diagnostic de la situation d’abandon scolaire de la jeune fille dans la commune de Dioro », avait pour objectif d’identifier les obstacles qui conduisent les filles à quitter l’école et d’en comprendre les conséquences.

Le protocole prévoyait un échantillon de 110 personnes, dont 100 pour la recherche quantitative et 10 pour la recherche qualitative. Dans les résultats présentés dans le rapport, les données quantitatives portent sur 103 personnes, dont 42 % de femmes et 58 % d’hommes. Parmi les personnes interrogées figuraient également des filles directement concernées par la déscolarisation.

Les entretiens et les données recueillies permettent ainsi de regarder l’abandon scolaire non seulement à travers des chiffres, mais aussi à travers les expériences et perceptions des habitants de Dioro.

Le mariage précoce, première cause évoquée

Les raisons de l’abandon scolaire des filles à Dioro sont multiples.

Dans les réponses quantitatives, le mariage précoce arrive largement en tête avec 41 mentions. Il est suivi notamment par la grossesse précoce, citée 16 fois, l’aide apportée aux parents dans leurs activités, le manque d’intérêt pour les études, les problèmes familiaux et les difficultés financières.

Les entretiens réalisés sur le terrain permettent de mieux comprendre ce que recouvrent ces chiffres. Les travaux ménagers et champêtres, les besoins économiques des familles ou encore le départ de certaines filles vers les villes pour travailler comme aides-ménagères peuvent interrompre leur parcours scolaire.

Un enseignant à la retraite interrogé au cours de l’étude explique ainsi que les filles peuvent être retirées de l’école lorsqu’elles atteignent l’âge auquel leur famille envisage leur mariage. D’autres témoignages évoquent également le découragement des filles à poursuivre leurs études et le poids des responsabilités familiales.

Les filles déscolarisées interrogées confirment elles-mêmes l’importance du mariage précoce : 40 % d’entre elles le présentent comme la principale raison de leur abandon scolaire.

Mais le terrain fait aussi apparaître des situations plus particulières. Une fille déscolarisée interrogée dans le cadre de la recherche rapporte avoir quitté l’école en raison des avances de son enseignant. Ce témoignage individuel ne peut être généralisé, mais il rappelle que certaines expériences vécues dans l’environnement scolaire peuvent également fragiliser le maintien des filles à l’école.

Beaucoup quittent l’école avant le DEF

L’étude montre également que l’abandon intervient souvent relativement tôt dans le parcours scolaire.

Dans les ménages étudiés, le nombre de filles déscolarisées varie. Pour 52 % des répondants, il est fait état d’une à trois filles déscolarisées dans le ménage ; pour 15 %, ce nombre se situe entre quatre et cinq.

Le rapport s’intéresse également à l’obtention du Diplôme d’études fondamentales (DEF). Parmi les répondants concernés, 62 % déclarent qu’aucune des filles déscolarisées considérées n’avait obtenu le DEF. Les auteurs de l’étude en déduisent qu’une part importante des abandons intervient avant ou autour de la 9ᵉ année.

Ces résultats donnent une dimension concrète au phénomène : derrière le terme « abandon scolaire » se trouvent des parcours éducatifs interrompus parfois bien avant l’achèvement de l’enseignement fondamental.

Des conséquences qui dépassent l’école

Pour les personnes interrogées, quitter prématurément l’école expose les filles à différentes formes de vulnérabilité.

Parmi les conséquences citées dans l’enquête, 38 % des réponses concernent le manque d’emploi, 25 % le manque d’estime de soi, 22 % la dépendance économique et 13 % les répercussions sur la santé mentale.

Mais les conséquences perçues ne concernent pas uniquement les filles.

Lorsqu’on interroge les habitants sur les effets pour la société, 91 répondants évoquent un ralentissement du développement de la commune. D’autres mentionnent la diminution du nombre de personnes instruites ainsi que différentes situations de vulnérabilité sociale.

Ces perceptions recueillies à Dioro rappellent que l’éducation des filles n’est pas seulement une question de parcours individuel. Lorsqu’une jeune fille quitte prématurément l’école, les conséquences peuvent également toucher sa famille et, plus largement, les capacités humaines et économiques de sa communauté.

Que proposent les habitants de Dioro ?

Face à cette situation, les personnes interrogées ne se contentent pas de dresser un constat. Elles proposent également des pistes d’action.

La première est la sensibilisation sur l’importance de l’éducation, proposée par 63 % des répondants. La mise en place de services de soutien familial représente 20 % des réponses et la formation professionnelle destinée aux filles, 10 %.

Les entretiens insistent également sur la responsabilité collective.

Les familles sont appelées à accompagner davantage les filles dans leur parcours scolaire. Les enseignants ont eux aussi un rôle à jouer dans la création d’un environnement éducatif protecteur. Les acteurs communautaires, quant à eux, peuvent contribuer à sensibiliser les familles aux conséquences du mariage précoce et à l’importance de maintenir les filles à l’école.

Les recommandations du rapport vont dans le même sens : renforcer la sensibilisation dans la commune sur l’éducation des filles, promouvoir leur formation professionnelle et mettre en place des mécanismes de soutien adaptés.

De la recherche à l’action

Cette recherche menée à Dioro montre surtout l’intérêt de partir des réalités locales pour comprendre un problème qui dépasse largement les statistiques nationales.

À travers les données recueillies et les paroles des habitants, le terrain révèle une combinaison de facteurs : mariage et grossesse précoces, responsabilités familiales, difficultés économiques, manque d’intérêt, environnement social et, dans certains cas, difficultés rencontrées au sein même de l’espace scolaire.

Agir contre l’abandon scolaire des filles suppose donc d’intervenir sur plusieurs fronts à la fois.

À Dioro, maintenir davantage de filles à l’école signifie leur permettre de poursuivre leur apprentissage, mais aussi leur ouvrir davantage de possibilités pour l’avenir. C’est également investir dans les ressources humaines et le développement de toute la communauté.


Ali SIDIBE
Coach en techniques de recherche
V4T Académie – Antenne de Ségou

Ce Regard du terrain est issu de la recherche « Diagnostic de la situation d’abandon scolaire de la jeune fille dans la commune de Dioro », réalisée dans le cadre du Programme de Gouvernance Locale Redevable (PGLR+).

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